lunes, 2 de marzo de 2015

"Les Présences" d’Amina Rezki. Medina ART Gallery

Rendez-vous le Vendredi 13 Mars, l'exposition se poursuivra jusqu'au 31 Mars 2015. Medina ART Gallery. 30, avenue abi chouaib doukkali, 90100 Tanger.


L’art de l’ébauche (Texte de Rachid Khaless)

Art total, fondé sur l’amplitude d’une œuvre qui ne cesse d’accompagner et de scander les vibrations du cœur et la gestuelle heurtée et tendre de la main, les tableaux d’Amina Rezki nous imposent, dans leur sérénité extrême, une expérience du silence. Un silence profond qui tient doublement en otage les personnages et, à leur suite, le regardant. D’emblée, c’est la singularité sans concession du trait de l’artiste qui nous émeut et nous émerveille : un tendre malaise nous saisit en présence de ces silhouettes greffées sur le papier, comme portées à même le vide qui les emprisonne et nous ligue à leur être-là. Ils sont le produit, non d’une quelconque souffrance, mais d’une provocante présence. 

Cette peinture spontanée, volontairement libérée des contraintes académiques, s’expose, ne s’exhibe pas. Elle donne à sentir ses hésitations propres et ses incertitudes, son euphorie et son désenchantement. Au risque ne pas plaire à un regard habitué aux pesanteurs chromatiques, elle semble cristalliser ce pari risqué, mais profondément esthétique, de pousser loin la négation de la peinture qu’est la peinture moderne. Cette peinture a cet horizon périlleux : elle a lieu. Et Rezki pousse loin ce choix dans un jeu fertile de métamorphoses, autant d’éloges et de profanation, à la présence. Car cette artiste authentique peint dans un geste jubilatoire le silence de l’homme face à sa propre nudité. 

En peignant, l’artiste semble tendre sa main en attente de celui ou celle qui saura la saisir. Elles font entendre en nous la résonance du monde : ces corps et figures écrasés par un poids semblent constater l’effet d’une force qui s’exerce sur eux. Le geste qui les représente, biffe leurs traits, les inscrits en transparence sur le papier, exprimant avec une extrême économie de moyens le boitement du corps, veut les sauver de cette région inhabitable d’avant le monde. On dirait que ces créatures imaginaires, longtemps maintenus dans le silence, veulent, car ils auront accepté leur état, réapprendre à parler, à se mouvoir, à aimer. La peinture qui vient constater cet avènement est ce geste qui les accompagne en advenant. Les coulures, les griffures, les ratures et aplats qui intentent à leur morphologie sont signes d’une imperfection volontaire et cime de la création et signature, dans le corps de son œuvre, de l’artiste soucieux de marquer l’exigence éthique de son travail. 

L’inachèvement, cette lutte de l’artiste contre la création, est la marque de fabrique de Rezki, comme si l’identité de cet art n’est pas dans la pérennité, mais plutôt dans l’éloge de la finitude. Cela ne signifie pas que l’artiste renonce aux ambitions de la peinture. Bien au contraire, sa démarche est maitrisée. La conquête d’un vrai lieu de la peinture, adossé au côté le plus gauche du cœur où se réconcilient l’amour de la vie et le déni constant que lui oppose le monde, s’y inscrivent fortement. Modernité lucide qui s’assume ! 

On peut regarder, plus que des portraits, des silhouettes aux traits tantôt floutés, tantôt biffés dans une gestuelle tellurique. C’est, sans conteste, l’œuvre du cœur, du don extrême. C’est l’ébauche faite art. Mieux encore : la transparence faite regard et signification. C’est pourquoi la palette chromatique est réduite à sa stricte expression. On dirait que l’artiste peint contre la peinture. Pourtant, on reconnait d’emblée les questionnements et le ressenti à l’œuvre dans ce travail de grande qualité. Sous les apparences de l’ébauche, se lit la totale maitrise du dessin, un projet total. Car la métamorphose en est l’instrument rhétorique. Projet paradoxal, en apparence. Amina Rezki n’est pas dans l’exhibition ni dans la complétude. Elle érige l’inachèvement en esthétique. Engageant un corps-à-corps sans concessions avec elle-même, l’acte de peindre chez elle est acte viscéral : son œuvre en porte les heurts et la résonance. Que de retours sur un trait, non pour le porter à sa perfection, mais pour intenter à son unité et sa rectitude essentielles. 

A la source comme à l’horizon de la création, il y la rumeur du monde que le cœur et la main portent à son paroxysme. Ces créatures, dont l’identité n’est pas figée, traduisent les vibrations essentielles de l’humain. En regardant ces êtres, on se regarde soi-même avec un troisième œil ! 

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