domingo, 10 de mayo de 2015

Café Hafa: photo en noir et blanc (Par Mohammed Mrini)

Mohammed Mrini

Café Hafa en noir et blanc.
Il est 9h.00 en cette belle journée de fin juin. L’autobus n°1 s’arrête devant le beau petit jardin, à proximité de l’hôpital anglais. La portière devant du beau et propre car – oui, oui, croyez-le, Tanger a eu de beaux et propres autobus du temps de feu Mehdi Zaïdi - s’ouvre et en descendent quelques personnes dont Ba M’hemmed.

Son inévitable couffin à la main droite, bien chargé, cinq belles et fraîches bottes de menthe sur le bras gauche, Ba Mhemmed se dirige vers le café d’un pas décidé. A peine a-t-il fait quelques pas que vient à sa rencontre un chat, puis arrivent un deuxième, un troisième et 8 et 12 et… A près 100 pas, est déjà entouré d’une trentaine de chats miaulant, la queue en point de suspension. Les chats, comme chaque jour, accueillent Ba M’hemmed à l’arrêt du bus et l’accompagnent jusqu’au café. Ponctuel qu’il était, ils connaissaient son heure d’arrivée à la minute près.

Ils franchissent ensemble la porte du café. Ba M’hemmed dépose son couffin sur le comptoir et jette les bottes de menthe sur une grande table à la droite de l’entrée. A l’instant même, un jeune de 13 ou 14 ans, l’apprenti-kahwaji, déjà sur place, défait les bottes et se met au travail, débarrassant ces dernières des mauvaises herbes, nettoyant, taillant…

Ba M’hemmed enlève sa djellaba, l’accroche à un clou assez haut fixé sur la paroi de la baraque et se tourne vers le couffin. Il le vide : sucre, thé, café, petites bottes de verveine et d’absinthe et, tout au fond du couffin, un paquet dont l’odeur , ou le parfum, fait raidir davantage les queues des chats. Ba M’hemmed, tout en prenant le sachet en papier – le plastic n’avait pas encore envahi notre vie - s’adresse aux chats qui, à quatre, cinq et six venaient se frotter à ses jambes : « wakha, wakha, wa safi, safi, yallah, yallah ».

Il descend deux petites marches, traverse la pièce couverte du café pour ressortir de la petite porte qui donne sur la falaise aménagée en petites terrasses ombragées et entourées de dizaines de plantes de tout genre.

Au passage, Ba M’hemmed salue chaleureusement, à tour de rôle, les matinaux parmi les habitués du café Hafa : un écrivain, un docker, un guide, un marin pêcheur, deux étudiants, un professeur du secondaire, un retraité de la police, un banquier et un groupe de hippies américains étalés sur une natte faite en fibres végétales. Pendant ce temps, les chats s’impatient et viennent se coller aux pieds de Ba M’hemmed.

« Wasafi, safi, on va y aller….. wabaraka !!! Il s’énerve et repousse un des chats de son pied. Finalement, il se dirige vers la clôture en roseaux, ouvre le sachet et commence à en sortir de belles et fraîches sardines, une à une, qu’il lance à chaque chat. C’est un moment de bousculade, mais Ba M’hemmed veille à ce que chacune des bêtes ait sa part, allant même jusqu’à utiliser les manières fortes.

Il retourne à l’intérieur, pour ressortir tout de suite après avec un balai qui servira à débarrasser la roche des feuilles mortes tombées des plantes grimpantes et des arbustes. C’est une opération qui prendra jusqu’à deux heures, car Ba M’hemmed accordera un brin de causette de 5 à 10 minutes à chaque groupe ou personne se trouvant au café.

La mer est belle. Le ciel est bleu. Le thé est délicieux. Le parfum enivrant du kif enveloppe les lieux. Les abeilles et les papillons font partie du décor. Le silence règne, mis à part quelques éclats de rire qui viennent assaisonner cette harmonie. Ni radiocassettes, ni CD, ni DVD, ni casse-tête !

Ya hasra !
Le texte est pris du Blog De Mohammed Mrini

Mohammed Mrini est Tangérois de 3e génération. Après avoir terminé ses études en sciences humaines à Bruxelles, Mohammed travaillera pendant 20 ans auprès de divers organismes de coopération internationale durant la période de décolonisation de l’Afrique avant d’entreprendre, en 1993, une carrière en journalisme. Mohammed a également fondé son propre journal Le Filon (presse alternative), expérience qui a duré 5 ans. Aujourd’hui, on peut lire ses articles dans les journaux Les Nouvelles du Nord et La Chronique. Fin observateur de la société tangéroise, Mohammed se souvient de Tanger durant les années 50-60. « C’était une véritable oasis de paix et de douce quiétude pour de riches étrangers et les poètes voyageurs. Aujourd’hui, ce sont de grands investisseurs qui façonnent le nouveau visage de Tanger », observe Mohammed avec nostalgie.

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