jueves, 28 de mayo de 2015

L´avenir du Cap Spartel par Bibi Gaston



«Au printemps dernier, en un beau vendredi ensoleillé, jour de couscous, alors que les citoyens de Tanger rentraient chez eux pour passer leur fête hebdomadaire aimée avec leurs familles, je me suis vêtue d'un cafetan lumineux jaune, une couleur qui correspond au centre de la roche rose sauvage au printemps. Sur le boulevard, j'ai loué un taxi, et j’ai demandé à mon chauffeur de me conduire à la lumière du Cap Spartel. "Toute seule" ? Il m’a demandé. Oui, j'ai dit, comme Garbo, «je veux être seule." C’était une journée très venteuse, ce jour-là. Le fameux Chergui tangérois. Le long de cette route abandonnée, je marchais à travers le vent et le soleil ; une route qui est peut-être l'une des plus belles routes du monde. J'ai chanté des chansons pour enfants, j’ai couru, dansé une petite danse, et j’ai pris des photos que mon père avait, de la forêt face à la mer turquoise. Je me suis souvenue de mes parents, qui sont morts aujourd'hui, mais qui m'ont donné un avantage spectaculaire : une petite enfance à Tanger. 
En 1962, quand j'avais environs trois ans, ils nous ont souvent pris, mon frère et moi, pour jouer dans l'ombre de la forêt du Cap Spartel phare. Ces promenades dans la nature ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ils m'ont donné un bon départ dans la vie et m'ont appris à réfléchir profondément à ce qui est important dans la vie et ce qui ne l’est pas. 
J'ai lu récemment avec grande tristesse que le phare du Cap Spartel et les environs peuvent être convertis en une sorte de retraite privée ou quasi. De là où je me suis assise, attristée, «Amerocaine » que je suis, pensive et un peu abattue. Je me suis dit s’il est vrai que cette décision est prise, alors là, si elle n'est pas compatible avec ce que je connais du Maroc et de son amour de la terre. Étant née à Tanger, je suis consternée à l'idée de tourner une grande ressource publique dans un autre sanctuaire privé pour que seulement quelques-uns en profitent. Le plus grand trésor du Maroc est son paysage. Cela peut être dit de toute nation, et pour cette raison, la terre et la nature ne sont pas remplaçables. Une forêt transformée en un parc de stationnement, ou sur une plage transformée en un développement domiciliaire ne peut pas être inversée : quand le mal est fait à la nature, c’est fait. Des terres doivent être sauvegardées pour le peuple et partagées afin que les gens sachent que leur pays est généreux et sage, se soucie de ses enfants et protège ses ressources naturelles. 
Là, à la pointe nord-ouest de l'Afrique, le Phare, le phare de Cap Spartel est le symbole de tous qui est unique sur le Maroc et Tanger: sa situation à l'embouchure de la Méditerranée et de l’Atlantique, son histoire d’ouverture et d'inclusion, ses langues, ses légendes fascinantes: des pirates et des princes, des laïcs et religieux, des anciens et modernes.
Bien que la technologie moderne de navigation ait fait de lui une utilisation pratique moins importante, le phare mérite d'être ramené dans toute sa gloire par le fait de son histoire et le fait son paysage. 
Je crois que nous sommes particulièrement adaptés à l'endroit précis où nous sommes nés. Grâce à une petite enfance au Maroc, je suis devenue une architecte paysagiste et j'ai travaillé toute ma vie professionnelle à conserver, protéger et rénover des paysages historiques complexes tels que Central Park à New York et l'autoroute de la rivière Columbia dans l'État de l'Oregon. Spectaculaire ! J'offre mes services à Tanger et à tout ce que les organisations peuvent avoir besoin, sans frais; éventuellement à élaborer un plan pour le phare de Cap Spartel et ses environs en fonction du très beau site. Je ne donne pas cela par ambition, mais simplement parce que j’ai l'amour de l'endroit où je suis née. Mes ancêtres américains ont appris que nous sommes tenus de donner quelque chose en retour. Retour, qui est, à plus qu’à ma famille, plus qu’à ma tribu, plus qu’à mes amis dans mon quartier ou ceux de ma page facebook. Je suis tenue de donner un cadeau à l'endroit où je suis née. C'est une pensée plutôt inhabituelle, mais mes ancêtres étaient des gens inhabituels, ils avaient l’esprit, dans le présent et dans la vision, de la générosité envers les personnes non spécialement liées à eux.
L'avenir du Cap Spartel est incertain, mais il pourrait devenir le Cap Spartel Mer Jardin botanique, un parc merveilleux de fontaines ruisselantes, eau pétillante et quelque chose dont Tanger manque, des bancs à l'ombre. Avec des herbes et des arbustes à fleurs, vignes et légumes parfumés, ce jardin et le phare, à la pointe de l'Afrique du Nord brille d’vive une lumière, accessible à tout le monde, dans un pays où les gens vivent en harmonie avec la nature, où ils ont appris à travers une histoire difficile à se tolérer les uns les autres, et où les fruits de son jardin sont partagés avec ses enfants, riches et pauvres.
Tout le meilleur pour vous à Tanger».

J'ai reçu ce texte, il ya deux jours, de la part de mon ami Mohammed Mrini:  
"Un très beau et chaleureux texte de la part – en mars 2012 - d’une Tangéroise, d’une «Amerocaine», d’une adoratrice de la ville qui l’a vue naître. (Je crains que notre très cher phare ait bel et bien été privatisé… oui, fil maghrib laa tastaghrib… un phare privatisé, aussi bizarre que cela paraisse). Bonne lecture"

1 comentario:

  1. Moi aussi je suis né à Tanger, et la nostalgie de l'enfance tangèroise est bien ancrée dans mon âme...

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